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Mouillage forain en Méditerranée orientale

 

 

 

Préliminaire (ndlr : aucune connotation sexuelle...) on dit bien : mouillage forain. Certains équipages préfèrent utiliser le terme ‘ancrage en baie’. Il s’agit d’une définition ‘bobo et cul pincé’.
Quand un capitaine intime l’ordre à une équipière : ‘va à l’avant et prépares toi à mouiller’, tout le monde comprend à bord qu’il s’agit de mouiller l’ancre. La mouiller avec de l’eau, et rien d’autre... Sauf, certaines , qui préfèrent utiliser le mot ‘ancrage’. Pour preuve, nos amis anglais... privilégiant le terme ’anchor off’, dans toute sa sécheresse... Comment voulez ‘mouiller’ correctement dans ces conditions...
Mais, on dérape là, sachant bien que, seuls les bretons de Bretagne savent faire mouiller correctement une équipière, sans déraper pour autant...
Puisqu’il est question de dérapage, nos allons vous entretenir de l’aventure arrivée à des amis belges, pour illustrer les particularités du mouillage forain en Méditerranée Orientale où en Mer Égée.


Étude de cas :
Dérapage sur ancre, en baie de Bucak Deniz, en Kas. L’histoire est racontée par l’équipage  et éditée sur leur site.
 

 

Un peu plus à l’ouest, nous retrouvons R....... au mouillage dans la baie de Bucak Deniz à l’ouest de Kaş. Les prévisions météo annoncent un vent en rafales pour l’après-midi mais notre guide Imray décrit un mouillage sûr dans la crique sud, avec une longue ligne à terre. Nous en installons même deux. Nous nous sentons en sécurité quand nous quittons notre bateau pour un apéro suivi d’une partie de jeu de Okey, à bord de R........
Pas un souffle de vent pour rejoindre notre voisin en annexe. Mais à peine installés dans le carré, D..... sort dans le cockpit et nous interpelle inquiet : de grosses rafales secouent les bateaux, A....... dérape...
Le vent continue à se lever, les rafales atteignent 45noeuds, les amarres sont tendues comme des cordes de guitare...
Pendant que Lindy et moi contactons les secours par VHF (notre premier Mayday), M..... et D.... installent une quatrième ancre loin du bateau, à la perpendiculaire, attachée au taquet central. A l’aide du winch, centimètre par centimètre, nous décollons des rochers, le Mayday peut être interrompu, A........ semble indemne, notre adrénaline s’atténue...

  Pour comprendre, nous avons trois éléments : le récit de A......., des croquis qu’ils ont fait, et le témoignage d’un bateau ami, amarré tranquillement le long du quai, de Bucak Deniz, à deux cents mètres face au ‘drame’ décrit par A.........

Donc, trois bateaux sur le site
  • Un bateau à quai, qui passe une soirée tranquille, et le capitaine est fiable, plusieurs transats, depuis plus de 15 ans dans ces eaux, et ce qui ne gâche rien, c’est mon jumeau astral.
  • Un bateau de voyage : ‘R........., mouillé sur ancre, et deux amarres à terre, et qui a tenu
  • A........, sur 2 ancres, empennelées, deux amarres à terre, et qui a dérapé.
     
 
 

 
 

Baie de Kas, recommandations de mouillage, par Rod Heikell, Imray & Laurie éditeurs.

 
 
  • Les vents dominants, en été, vont de SW à NW
  • 3 zones de mouillage, plus le vieux port de Kas
  • Il apparaît clairement qu’en dehors du vieux port, c‘est la zone de Bayindir qui offre les meilleures opportunités de mouillages tout temps. Longos n’est absolument parfait, qu’avec du NW bien établi. Quand à la baie de Bucak Deniz, contrairement à ce qu’écrit A........, Rod Heikell ne décrit pas un ‘ mouillage sûr dans la crique sud‘, il écrit textuellement :
  • Pour Bucak Deniz la grande baie ouverte à l’ouest :’le problème est que le meltem entre dans Bucak Deniz, et que cela sera inconfortable, voire intenable en cas de coup de vent’
  • Et ce n’est que dans ces conditions qu’il parle de la petite crique du sud :
  • ‘le meilleur mouillage par meltem, est bien enfoncé dans l’anse de la côte sud, au fond de la baie, avec une longue amarre à terre’.
  •  Il ne décrit en aucun cas ‘un mouillage sûr’, comme l’écrit A........, il décrit le moins mauvais mouillage, dans une baie très mal abritée....
  • Ce qui signifie en clair, que pour faire un vieux marin, mieux faut savoir ‘interpréter une carte’ que de se fier aveuglément à un guide, le meilleur soit il, et dieu seul sait, à quel point Rod Heikell est bon....
     
 
  Ceci posé, qu’est il arrivé à A........., pour qu’ils en arrivent à lancer un ‘Mayday’ ??? J’y vois plusieurs explications :
  • le manque d’expérience,
  • un mouillage mal assuré et non contrôlé (R....... a tenu, lui),
  • et surtout la panique,

qui a amené un équipage à l’incroyable : lancer un ’Mayday’ pour une ancre qui dérape !!!

Alors qu’il suffisait et ce dès le début du dérapage,

  • de larguer l’amarre arrière sous le vent,
  • démarrer le moteur,
  • mettre la barre sous le vent,
  • et gentiment s’appuyer au moteur pour gagner au vent,
  • larguer la deuxième amarre dès qu’il aurait été en eau libre,
  • revenir sur son ancre pour la relever tranquillement,
  • puis avec l’annexe, revenir récupérer les deux amarres à terre.
  • Puis aller se mettre à quai, de l’autre côté de la baie, à peine à une encablure, ou se trouvait déjà un autre voilier.
  • Voilà ce qu’il aurait fallu faire, avec un minimum de sang froid...
 

Croquis de A........, qui est à gauche, pour les vents prévus (ou espérés...). Empennelé et deux amarres à terre. A droite, R.......... Croquis de A........., ancres dérapées, avec le vent réel, qui était un vent de Nord-Est... alors qu'il le fait figurer au sud/sw ??? , à noter: R......... a tenu

Hé oui, A........ a mis sur ces croquis, le Sud au Nord et le Nord au Sud (voir le plan plus haut)... Rien que çà doit suffire, à déclencher un ‘Mayday’ !!!

 

 
Le mouillage en question, en regardant le sud ouest. Pour que A....... dérape, comme indiqué sur son croquis à l’envers... Il fallait des vents de secteur Nord-Est. Lors des faits, en 2.008, les travaux de la nouvelle marina n’étaient pas commencés, ses quais, offrant toute sécurité pour ce type de temps. Exactement là où se trouvait le bateau de mon pote jumeau astral (tu remarqueras, P....., que j’ai réussi à ne pas citer ton nom...)
     
  Ce qu’il ne faut pas faire en méditerranée orientale:

 

 
 
  • Partir trop tôt en saison. Cà peut secouer très durement au printemps. Là ce devait être fin mars, ou début avril. Si les gros coups de Sud Est, sont parfaitement annoncés par l’état de la mer, plusieurs heures avant le coup de vent (on dit que mer travaille...), à cette époque de l’année, on peut rencontrer au mouillage des thermiques extrêmement puissants, dont des brises de terres costaudes venant tout droit des sommets, à plus de 3.000, encore enneigés, et dominants cette côte. C’est probablement ce qui est arrivé à A........
 
 
  •  Mal interpréter les cartes et les guides. Avec ce type de temps et une lecture critique de la carte donnée par Rod Heikell,  c'est évident, il fallait aller dans le vieux port, même si, sa pratique exige un peu de savoir faire
 
 
  • Quand Rod Heikell indique des vents dominants, cette indication concerne des vents de belle saison, bien sûr. Sachant que si elle commence tard, ici (mi mai), elle se termine fort tard, jusqu’en novembre.
 
 
  • Mouiller deux amarres à terre, dans un talweg très prononcé (on le voit bien sur la photo) est une grosse connerie. Cà capte et accélère les vents qui étaient annoncés violents. Et on ne sait jamais comment ils vont être réflectés.
 
 
  • Mouillez, ici avec 30 mètres de fond tout de suite, il faudrait mouiller au moins cent mètres, ce que A........ n’a sûrement pas fait, sans guindeau électrique et avec deux ancres à remonter.
 
 
  • C'est corroboré par le fait que l’autre bateau n’est pas chassé, et qu’en définitive, une 4éme ancre, loin du bateau, à la perpendiculaire, attachée au taquet central, ait tenu, décollé le bateau, et pourtant elle travaillait au maître bau !
 
 
  • Empenneler et empenneler sur une CQR, qui n’est vraiment pas la meilleure des ancres (elle a eu il y a 40 ans, son heure de gloire...), c‘est s‘assurer au minimum du plaisir pour les remonter en cas d’urgence, et dans tout les cas, prendre le risque que leurs actions se perturbant, aucune des deux ne travaille correctement. Si j’observe les professionnels, y compris sur de très gros bateaux (Gulets, gros Motors Yachts, grands voiliers de charter), je n’en ai jamais vu empenneler.
 
 
  • Quitter son bateau, dans ses conditions, pour apéro/partie de carte sur le bateau voisin, alors que de forts coups de vents sont attendus, c’est simple, çà mérite un coup de pieds au cul...
 
 
  • Ne parlons pas du déclanchement d’un ‘Mayday’. Quand la panique prend le dessus... Si quelqu’un croise A......, merci de leur signaler, qu’un ‘Panpan’ convient à ce genre de situation, et que mieux, on peut quand même s’en tirer seul, et à fortiori encore mieux à deux bateaux. Tout celà nous fait passer pour des charlots... Déclancher une demande de secours dans ces conditions, c’est prendre les ‘coast guards’ pour des pantins, c’est lamentable...
 
  Ce qu’il faut faire en méditerranée orientale:

 

 
  1) Mouillage forain sur ancre, sans bout à terre  
 
  • Avoir une bonne ligne de mouillage : 50 mètres de chaîne et 50 mètres de câblot, est un minimum. Vous aurez souvent à mouiller en eaux profondes, 10 à 20 mètres sont fréquents
 
 
  • Mouillez long, abandonnez  la vieille règle des Glénan, trois fois la hauteur d’eau. Sauf pour les belges, ne comptez pas sur la marée pour diminuer cette hauteur... En fait, 5 fois la longueur du bateau est une règle qui convient, sauf si vous êtes amené à mouiller en eau très profonde, auquel cas la bonne règle est : ‘avec un bon guindeau, on ne compte pas’.
 
 
  • Un bon guindeau électrique est un élément de sécurité essentiel, dans cette région.
 
 
  • Une bonne ancre aussi, sans entrer dans des querelle stériles (j’ai des souvenirs émus à ce sujet, sur des forums de STW), la vieille CQR ne convient vraiment pas. Nous avons à bord une Delta qui va bien, et semble-t-il toutes les ancres modernes, chargées sur la pointe, vont bien
 
 
  • Ayez une 2ème ancre à bord, d’un type différent (nous avons une FOB THP toute neuve, dire si nous empennelons souvent !!!). Plutôt que de servir sur des fonds  différents, c’est quand même une sécurité, au cas peu probable où vous seriez amené à abandonner votre ligne principale, ce qui n’arrive qu’aux autres.
 
 
  • Ayez à bord, une troisième ancre, légère, en alu, de type Fortress, très utile pour écarter le bateau d’un quai rugueux, ou pour mouiller léger, au cas ou votre guindeau viendrait à vous lâcher, ce qui n’arrive qu’aux autres.... Accessoirement, ces ancres accrochent de façon incroyable, la ligne de mouillage étant constituée de quelques mètres de chaîne, et d’une ligne plombée.
 
 
  • Peindre son ancre pour l‘identifier, est une bonne chose. Peignez là en blanc ou en jaune, ce qui permettra une meilleure identification. Gardez en tête que même par plus de 20 mètres de fond, vous verrez votre ancre et le fond. Vous verrez en particulier si votre ancre accroche bien.
 
 
  • Cherchez et trouvez les fonds qui vont bien : sable ou vase. Encore une fois, dans la plus part des cas, vous verrez les fonds
 
 
  • Mouillez en marche arrière, pour être sûr que votre ancre accroche. Vous le verrez se poser, vous verrez piquer sa pointe. Allongez 5 mètres puis bloquez votre guindeau. Vous verrez votre bateau rappeler. Avant qu’il ne soit complètement arrêté, lâchez de la chaîne, à la demande, toujours bien tendue.
 
 
  • Une fois la longueur de chaîne voulue, bloquez le guindeau et mettez en marche AR, progressivement jusqu’à 2.000 tours. Prenez un alignement à la côte, si votre mouillage tient, vous êtes bien mouillé...
 
 
  • Pensez à installer un amortisseur de chaîne à votre étrave, pour soulager votre guindeau, il n’est pas fait pour supporter les à coups du clapot. Un bon amortisseur, comporte deux bouts et une main de fer. Les bouts passant par les deux chaumards d‘avant. Votre davier et son porte à faux, ne sont pas fait non plus pour supporter les à coups du clapot. Et puis, vous verrez que vous dormirez mieux.
 
 
  • Si vous avez un bon logiciel traceur de cartes, conservez l’archive de votre trace avant de la couper. Si besoin, est, dans la nuit, vous pourrez vérifier si vous avez chassé.
 
  2) Mouillage forain sur ancre, avec deux bouts à terre  
  J’ai vraiment horreur de çà. D’abord parce qu’il faut vraiment bien connaître la côte ou l’on passe ses bouts, ensuite parce qu’il faut bien connaître les trous de vents à la côte. Les Capitaines de Gulets, font çà à la perfection. Ensuite, parce que la plus part du temps en solo, c’est la manœuvre la plus délicate pour moi.


Il vous faudra gérer et la nature de la côte où vous pensez passer vos bouts, et la nature du fond où poser votre ancre. Tout cela n’est pas très commode. Si peu commode, qu’observez bien les Gulets, elles mouillent toujours au même endroit...


Il y a des endroits où vous ne pourrez pas faire autrement : baie de Gocek et Gemiler en particulier, mais aussi beaucoup d’autres endroits où la configuration des fonds et de la côte rendent impossible un mouillage classique. Alors, mode d’emploi :

 

 
 
  • Une fois repéré le lieu qui vous convient, mettez à l’eau votre annexe, et chargez un équipier d’aller passer un bout à terre. Pensez à le munir d’un peu de chaîne, si vous avez à vous accrocher à un rocher.
 
 
  • Puis votre équipier largue sa longue aussière en dérivant sous le vent et dans son axe. Jusqu’à ce qu’il juge que vous aurez assez d’eau, vous permettant manoeuvrer tranquillement en venant sur lui en marche arrière.
 
 
  • Faites votre manoeuvre de mouillage comme pour un mouillage classique, en calculant bien l’angle du vent pour revenir sans problème sur votre équipier dans l’annexe.
 
 
  • Revenez sur lui, récupérez la aussière, réglez longueur de chaîne, longueur de aussière et hauteur d’eau.
 
 
  • Allez passer le deuxième bout à terre et vérifiez si le bateau prend bien le vent, plein arrière. S’il vous prend par la hanche, il sera très difficile à votre ligne de mouillage de tenir le bateau. Sauf si vous avez mouillé ultra long, ce que font le Gulets qui mouillent couramment plus de 200 mètres de chaîne !!! C’est probablement ce qui est arrivé à A........ : trop court et vent par la hanche
 
 
  • Dans ces conditions, empenneler est une prise de risque considérable. Plus c‘est simple, plus c’est facile, mieux cela vaut. Oringuer, complique un peu plus ...
 
 
  • Maintenant, si vous êtes seul... tssss..... tssssss... bon courage !!! si vous pouvez approcher la côte à quelques mètres, avec assez de fond, un petit grappin inox, 50 cm de chaînettes inox de 5 et 10 mètres de bout de 8, vous permettront d’accrocher la côte et vous laisseront peut être le temps d’aller passer un bout à terre.
 
 
  • A la nage, avec des palmes en nageant sur le dos, vous permet de tirer convenablement votre aussière. Après, c’est beaucoup de réglages, qui vont rarement bien.
 
 
  • Une autre solution est de venir en marche arrière et de mouiller une grosse quantité de chaîne en plomb de sonde, vous laissant un peu de temps pour aller passer votre bout à terre
 
 
  • Une variante est de mouiller une ligne légère courte, à l’arrière, vous laissant aussi un peu de temps.
 
 
  • Penser qu’il suffit de laisser le moteur en prise en marche arrière est une fantaisie... Le pas de vote hélice fera évoluer votre bateau, sur un des coté, avec le risque non négligeable que le flux de votre hélice n‘aspire la ligne que vous tirez désespérément vers la côte. Comme il n’y plus personne à bord, je vous garanti une bonne montée d’adrénaline. Je peux vous le garantir, j’ai testé.....
 
 
  • Une solution, plus longue, mais bien plus sûre, consiste à mouiller d’abord de façon classique, sur ancre. Puis de venir à terre avec votre annexe et une longue ligne reliée à une défense qui fera office de flotteur, cette ligne s’allongera sous le vent de la côte, et il ne vous restera plus qu’à remouiller votre ancre pour revenir sur votre ligne et son flotteur, en prenant bien soin de ne pas le faire aspirer par le flux de votre hélice en marche arrière... Ce qui n’arrive pas qu’aux autres....
 
 

3) Sécurité, sécurité, comment se dégager rapidement si l’on est drossé à la côte

Ce qui est arrivé à Kas, à A........

 
 
  • Ne jamais laisser son bateau seul avec un bout à terre
 
 
  • Si le vent vous prend par la hanche, et que votre ancre dérape, çà peut aller très, très vite. Quelques minutes suffisent.
 
 
  • Gardez le bateau en ordre de marche. Il faut que vous puissiez démarrer le moteur instantanément
 
 
  • Ne vous occupez pas de récupérer vos amarres tout de suite, il sera toujours temps, plus tard, avec l’annexe, une fois le bateau sécurisé. La même chose si vous avez des équipiers à terre. Une seule chose importe : faire vite et avoir suffisamment de monde pour manoeuvrer (on se rend vite compte que l’on a pas besoin d’être si nombreux que çà...)
 
 
  • Gardez à poste le plus longtemps possible, l’amarre arrière au vent. Elle vous permettra de vous appuyer au moteur, barre sous le vent.
 
 
  • Pensez impérativement à vous équiper d’aussières plongeantes. Flottantes, c‘est un piège mortel pour le bateau et son hélice. Je connais bien un gros malin à qui c‘est arrivé, sur son fantasia, à Byzantine Creek, ou il a pris son amarre flottante, en faisant chouïa de marche arrière pour raidir sa ligne d’avant... Mon expérience est la somme de toutes mes conneries, je confirme....
 
 
  • Si vous êtes équipé d’un propulseur d’étrave, ne rêvez pas, le poids du bateau, son fardage au vent, l’inertie de la ligne de mouillage rendront vains tout espoirs de redresser la situation. Non, la solution c‘est la puissance de votre moteur et la barre sous le vent
 
 
  • Dans la plus part des cas, vous aurez réagit avant qu’il ne soit trop tard. Si par malheur vous avez commencé à talonner, la 1ère chose à faire, est de faire gîter le bateau de l’autre côté, pour aider au glissement de la quille. Une solution rapide est de faire passer la bôme de grand voile vers le large, bien débordée, puis d’y envoyer un ou deux équipiers, en bout de bôme. Choisissez les bien lourds, vous verrez que le couple de redressement est énorme. C’est une méthode estampillée ‘spéciale rivière d’Auray’, que j’ai beaucoup expérimentée....
 
 
  • Si vous êtes vraiment scotché, reste la solution classique : une poulie costaud gréée sur la balancine et envoyé en tête de mat, avec une ancre et une chaîne, mouillées le plus au large possible, le câblot de la ligne de mouillage, ramené à un winch, via la poulie de tête de mat. Là, il y aura fatalement quelque chose qui viendra....
 
 
  • Une solution à laquelle on ne pense pas automatiquement, consiste à se servir de l’annexe, si elle est assez motorisée, comme d’un pousseur sous le vent de l’étrave. Je l’ai vu faire et ce fut très efficace. Mais l’équipage de ce très gros voilier, avait réagit très rapidement.
 
 
  • Après seulement, après, si tout cela a échoué, vous êtes autorisé à lancer un ‘Panpan’. Mais au nom du ciel, pas de ‘Mayday
 
 
  • Une dernière observation fielleuse, concernant le cas de A......... : il y avait bien deux bateaux, au mouillage : A......... et R........ R......... qui est un bateau puissant, et manoeuvrant. Quelques minutes lui auraient suffit, pour larguer ses amarres reprendre son mouillage, passer un bout à l’étrave de A........., et le tirer en douceur de ce mauvais pas. Étonnant, non ???
 
  4) Complément aux techniques de mouillage : se dégager d’une chaîne sur votre ligne.  
     
C’était y à 20 ans, à Symi, sur un voilier de location, et nous découvrions cette perle. Il faut croire que nos voisins, anglais, sur un fort grand voilier, étaient aussi sous le charme, et que dans leur émotion, ils n’avaient pas vu qu’ils avaient très largement mouillé sur notre chaîne.


C’était l’époque bénie où le capitaine du port, portant beau dans son uniforme impeccable, sifflait les bateaux arrivant et s’adressant au skipper lui disait ‘ look at me, captain, look at me : forty meters go head’ montrant la direction ou il voulait que soit mouillé les bateaux !!! Pour ceux qui connaissent Symi, avouez que çà fait tout drôle quand on connaît le putain de vent traversier de ce port et les 20 mètres de fond tout de suite.... Ah, c’était quelque chose.....


Toujours est il que nous avions fait comme nous l’avait indiqué le capitaine du port, et qu’a moment de repartir, bien au milieu du port, bloqués comme des débutants que nous étions, nous avons relevé la chaîne de ce foutu british, sans avoir la moindre idée de la façon de nous en dégager... Le capitaine du port était aux abonnés absent et ces Bloodies british, peu concerné par des froggies, sur un bateau de location qui plus est. Mal, on était, très mal...

Quand on vu arriver sur son annexe, un jeune suédois.
 

 
  • Avez-vous un vieux bout à sacrifier nous demanda t il ???
 
 
  • Il passa l’une de ses extrémités au taquet avant puis, passant dans le chaumard, sous la chaîne britannique et retour au taquet par le chaumard.
 
 
  • Une variante que j’ai utilisé plus tard à Astipalea, consiste à amener le bout au winch ce qui m’a permis de me dégager d‘une chaîne de chalutier, alors que mon guindeau était HS.
 
 
  • Une fois ce bout bien raidi, il nous a fait redescendre un peu notre ancre, et depuis son annexe l’a dégagée de la chaîne bloquée par le bout
 
 
  • Il nous suffisait ensuite de remonter et remettre notre ancre en place. Et nous n’étions plus tenus que par le bout sur la chaîne du britannique.
 
 
  • Il nous fait reculer, est monté sur notre bateau, et d’un coup de couteau, net, a libéré le bout en le tranchant, laissant filer la chaîne anglaise vers ses 20 mètres de fond.
 
 
  • L’opération n’avait pas durée plus de 5 minutes, et elle m’a marqué profondément
 
  Marqué par la précision de la manœuvre, marqué par le désintéressement de ce garçon, marqué par sa solidarité...
Depuis, j’ai toujours laissé à poste mon annexe, dans les ports à risques, les deux avirons parés, et un petit bout à sacrifier sous la main.


Beaucoup d’équipage savent comment faire et se démerdent très bien mais certains l’ignorent, ou bien l’annexe n‘est pas à poste. Alors, le plaisir de les dépanner se partage....


Il existe un système un peu alambiqué permettant de récupérer la chaîne depuis le pont, de l’immobiliser, et de dégager l’ancre. Je l‘ai vu en fonction deux fois, çà marchait moyennement bien, ce truc, et mon bout pourri s’est montré autrement efficace...